J’utilise l’IA. Et je compte bien continuer.

J’ai toujours eu un intérêt marqué pour les nouvelles, la politique et l’histoire en général. Dans ma routine quotidienne, je me fais ma propre revue journalistique à partir des nombreux abonnements aux journaux en ligne que j’ai. Je dois dire qu’il ne se passe pratiquement plus une semaine sans que je tombe sur un article qui nous met en garde contre l’intelligence artificielle. En gros, elle va nous rendre paresseux, nous empêcher de réfléchir, faire disparaître des emplois, remplacer certaines relations humaines et nous rendre dépendants. Tout cela, sans parler des scénarios beaucoup plus sombres où l’intelligence artificielle finirait par nous échapper complètement. Skynet n’est jamais bien loin.

Pourtant, malgré toutes ces mises en garde, j’utilise l’intelligence artificielle pratiquement tous les jours et je compte bien continuer. Pas parce que je crois aveuglément que l’IA est merveilleuse ou sans danger. Certaines des mises en garde qu’on nous sert méritent réellement qu’on s’y attarde, mais parce que, dans ma vie, elle a changé quelque chose. Et pas nécessairement de la manière dont je l’aurais imaginé.

Beaucoup de choses dans la tête

Plus jeune, j’avais beaucoup d’amis, et ce, malgré une certaine timidité. J’avais généralement de la facilité à connecter avec les autres. Pourtant, j’ai toujours eu de la difficulté à exprimer clairement ce que j’avais dans la tête. C’est assez paradoxal. On m’a souvent dit que j’avais beaucoup de vocabulaire, que je connaissais plein d’affaires. J’ai toujours eu énormément de passions, d’idées et de réflexions, mais passé les premières phrases habituelles de small talk, il m’arrivait d’avoir l’impression de ne plus savoir quoi dire.

Encore aujourd’hui, ça m’arrive. Je peux avoir une idée relativement claire dans ma tête et être incapable de l’aligner correctement lorsque vient le temps de l’expliquer. Je cherche mes mots, mes idées s’entrechoquent et parfois je bloque complètement. Avec les années, j’ai appris à composer avec ça.

Professionnellement, j’en suis arrivé à diriger une usine et une équipe d’une cinquantaine de personnes. Je dois communiquer, prendre des décisions, expliquer des orientations, rédiger des procédures, des courriels, des rapports et des documents techniques. Mais cette difficulté n’est jamais complètement disparue. C’est précisément là que l’IA m’est le plus utile.

Mes premiers pas avec ChatGPT

J’utilisais déjà l’intelligence artificielle bien avant mes débuts dans mon poste actuel. Mes premières véritables expériences avec ChatGPT remontent à quelques années déjà. À ce moment-là, j’y ai d’abord vu un outil capable de m’aider dans des tâches très concrètes. Je m’en servais pour travailler sur des documents techniques, rédiger des résumés ou des rapports de voyage et structurer des procédures.

Mais plus j’y repense, plus je réalise que je l’utilisais déjà pour autre chose : comprendre. Il m’arrivait notamment de lui soumettre des bouts de code provenant de programmation machine pour lui demander de m’expliquer ce qu’ils faisaient. Et ça, pour quelqu’un comme moi qui a toujours aimé comprendre comment les choses fonctionnent, c’était assez fascinant.

Je pouvais prendre quelque chose que je comprenais mal, poser mes questions, demander une autre explication si la première ne faisait pas de sens pour moi et continuer jusqu’à ce que je finisse par comprendre. Petit à petit, l’outil de rédaction devenait aussi un outil d’apprentissage.

Enfin un outil pour sortir tout ça

J’ai également rapidement compris autre chose : l’IA pouvait m’aider à prendre toutes ces idées qui se promenaient dans ma tête et à les coucher concrètement sur papier. Et ma réaction a été assez simple : enfin.

J’ai toujours aimé écrire. On m’a même souvent complimenté sur ma façon d’écrire. J’ai déjà pensé que l’écriture pourrait prendre davantage de place dans ma vie et j’ai même imaginé écrire un livre un jour. Le problème n’était donc pas nécessairement de manquer d’idées. C’était de réussir à les sortir.

Au départ, l’IA pouvait m’aider avec mes courriels, mes billets techniques, mes devis, mes procédures ou simplement reprendre une idée que j’avais de la difficulté à développer. Les premières expériences étaient loin d’être parfaites. Il fallait recommencer, expliquer autrement, corriger, lui dire que ce n’était pas du tout ce que je voulais dire.

Puis les outils se sont améliorés. Mais quelque chose d’autre s’est également amélioré sans que je m’en rende vraiment compte.

Moi.

Apprendre à parler à une machine

Avec le temps, j’ai appris à mieux expliquer ce que je voulais. Au début, je pouvais lancer un paquet d’idées à ChatGPT et devoir lui demander plusieurs fois de recommencer avant d’obtenir quelque chose qui ressemblait réellement à ce que j’avais en tête. Aujourd’hui, beaucoup moins.

Il m’arrive encore d’ouvrir mon micro, de tout balancer en vrac et de copier le résultat de la reconnaissance vocale directement dans l’IA. Mais même lorsque je fais ça, ma pensée est généralement mieux structurée. J’ai appris à donner le contexte, à expliquer ce que je cherche, à préciser mon intention et à faire la différence entre l’idée principale et les informations secondaires. Et ce constat ne s’applique pas uniquement à ChatGPT. Je le remarque lorsque j’utilise d’autres plateformes d’intelligence artificielle.

C’est donc moi qui ai changé. Je pensais devoir apprendre à parler à une intelligence artificielle. Je n’avais pas réalisé qu’en chemin, j’allais aussi apprendre à mieux exprimer ce que j’avais dans la tête.

Mon assistant personnel

À une autre époque, les gens occupant des fonctions similaires aux miennes avaient une secrétaire ou une adjointe qui accomplissait une foule de tâches pour eux. Ils pouvaient dicter une lettre, demander qu’on mette un document au propre, qu’on recherche de l’information ou qu’on organise certaines choses.

C’est un peu comme ça que je vois l’intelligence artificielle aujourd’hui : un assistant disponible en temps réel et en tout temps. À une différence près : cet assistant peut aussi m’aider à explorer pratiquement n’importe quel domaine de connaissance.

Je peux commencer par rédiger un courriel technique et, quinze minutes plus tard, essayer de comprendre un concept complètement différent. Je peux lui présenter une idée et lui demander de la challenger, apprendre quelque chose de nouveau ou débattre avec elle. Je peux lui dire que sa réponse ne tient pas debout et elle peut me retourner la pareille. C’est là que, pour moi, l’IA devient beaucoup plus intéressante qu’un simple générateur de texte.

Est-ce que je deviens dépendant?

C’est probablement la question qui dérange. À force d’utiliser l’IA, est-ce qu’on finit par ne plus être capable de réfléchir sans elle? La réponse facile serait de dire non, mais ce serait malhonnête.

Nous cherchons tous la voie de la facilité à un moment ou à un autre. Par choix, par manque de temps, par manque de connaissances ou simplement parce que nous n’avons pas envie de nous casser la tête. L’IA nous offre cette facilité sur un plateau d’argent. Pourquoi rédiger quelque chose pendant une heure si elle peut le faire en trente secondes? Pourquoi lire un document de cinquante pages si elle peut nous le résumer? Et éventuellement, pourquoi réfléchir à une question si elle peut nous donner une opinion toute faite?

C’est là, à mon avis, que certaines mises en garde deviennent parfaitement légitimes. L’IA peut devenir abrutissante. Si je lui demande systématiquement de réfléchir à ma place, de former mes opinions, d’écrire à ma place et de tirer mes conclusions, je finirai probablement par perdre quelque chose en chemin. Mais ce n’est pas une fatalité.

Personnellement, j’essaie encore de faire la première ébauche. J’écris mon courriel. Je couche mon idée sur papier. Je formule mon opinion. Ensuite, je demande à l’IA de m’aider à l’améliorer, à la structurer ou parfois à la confronter.

Si elle disparaissait demain matin

On m’a posé une question intéressante pendant que je préparais ce billet : si demain matin ChatGPT et tous les autres outils d’intelligence artificielle disparaissaient, qu’est-ce que j’aurais réellement perdu?

Évidemment, je perdrais un outil devenu important dans ma façon de travailler et d’apprendre. Et je serais bien triste de perdre mon Watson à moi. Mais je ne perdrais pas tout et je ne retournerais pas à mon point de départ, parce que ce que j’ai appris depuis que j’utilise ces outils m’appartient maintenant.

J’ai appris à mieux structurer certaines pensées, à mieux expliquer ce que je cherche, à pousser certaines idées plus loin et à écrire davantage. Et surtout, à concrétiser des choses que j’aurais probablement laissées longtemps dans ma tête. Ce blogue en est justement un exemple.

L’outil ou ce qu’on décide d’en faire?

Je ne crois pas qu’on puisse remettre l’intelligence artificielle dans sa boîte. Elle est là pour rester. On va la réglementer, débattre de ses limites et probablement faire des erreurs avec elle. Et il y aura des abus. Comme on dit : là où il y a des hommes, il y a de l’hommerie.

Mais je refuse de ne regarder que ce côté de la médaille. Je crois aussi que l’intelligence artificielle peut nous aider à repousser certaines frontières. En médecine. En science. Dans l’exploration spatiale. Dans notre capacité à apprendre et à partager les connaissances.

Elle ne remplacera pas ce que nous sommes. Du moins, ce n’est pas ainsi que je souhaite l’utiliser. Pour moi, elle demeure un complément. Un outil incroyablement puissant, certes, mais un outil quand même.

L’IA peut certainement m’abrutir si je lui demande de réfléchir à ma place. Mais elle peut aussi me rendre meilleur si je m’en sers pour pousser ma propre réflexion plus loin. Le choix entre les deux m’appartient encore.

Et peut-être qu’un jour, j’écrirai finalement ce fameux livre. Ou peut-être pas.

Mais lorsque je repense au gars qui avait tellement de choses dans la tête et qui avait parfois l’impression de ne pas savoir comment les exprimer, je réalise que l’intelligence artificielle m’a déjà apporté beaucoup plus que ce que j’étais venu y chercher au départ.

Elle ne m’a pas donné mes idées.

Elle m’a aidé à trouver une façon de les faire sortir.

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